Fils de rut, d'Antoine Dole

Publié le par Antoine Dole

 

Fils de rut


Regardez les coqs, regardez les kakous. Regardez les coquets vous leur ferez plaisir. Regardez les poilus, ceux aux épaules velues, les tombeurs du Mia à panoplie virile. Regardez les Priapes, leurs membres étendus, ceux que la presse encensent d'être fiers et bourrins. Les gros bébés roteurs, nourris de bonne popote, collés cul contre cul sur les bancs de la norme. Regardez comme ils se meuvent, roulant des mécaniques, dans le décor corrompu, biaisé et immobile. Regardez les ces males, qui n'en font à personne : on dit qu'ils tiennent les portes et paient les additions, c'est écrit sur la brochure, elle ne saurait mentir. Et comme ils ont le pouvoir, gouvernent dirigent et savent en imposer, ils ont dans leurs sacoches des pays, des entreprises, des épouses, des partenaires de golf. Regardez comme ils sont agiles, tous ces planteurs de clous, qui pissent la bite en l'air pour viser plus de territoires. Tout les y autorise, les siècles ont engendré la bête à la carrure virile, et vogue le pénétrant, c’est ça : être du sexe fort.

Regardez les habiles, ceux qui prônent et accablent, les jongleurs à la gouaille de bourrin sympathique. Les forts et fiers, les gros bras, les poignets à grosse montre, les pointures 46  au chibre mental démesuré. Voyez comme ils se cognent, se toisent et s’envisagent, pas un truc de pédé non, pas de ça chez nous. Regardez-les draguer, l’instinct de la conquête, c’est ancré dans le gène des bonobos fragiles. A peine descendus de l’arbre ils ont fait de leur jungle un terrain de jeu propice à la loi du plus sot : et qui a la plus grosse, et qui en baise le plus. Et puis il a fallu que la massue précède le feu, la suite on la connait. Taper sur sa poitrine en beuglant comme un singe est devenu l’accomplissement suprême.

Regardez les, droits dans leurs bottes mais courbés au-dedans. Ils ont creusé les tombes, façonné les oppositions, défini l’ascendant, imposé le chemin. Quand ils se sont ennuyés de construire leurs sociétés, ils ont pensé à leur femme : qu’a-t-elle fait à diner ? Elle a sourit, platement. Ces soldats à voix grave, ceux aux octaves du bas, crâneurs de cour d’école, bonimenteurs phalliques : des tyrans de trois pommes à mocassins cirés, rendez leur la maman, vite, qu’ils se dérobent.
L’histoire du monde n’est pas sexuelle, « pas que(ue) » dirons nous : car les colosses s’affaissent pour une paire de fesses, défiant des empires, fourvoyant des peuples, voyez comme on peut mener Monsieur à la braguette (on habitait la Gaule, cela ne s’invente pas) : une logique de Légo, l’emboîtement pour fonction. La trique est impérieuse, elle ne saurait attendre, on leur a toujours dit : puisqu’un trou est un trou il faut bien le combler, car « Devenir un homme » se dit quand on perd son pucelage, ah, « Faire l’homme » c’est la mettre profond, ah. On applaudit les hommes à femmes, locomotives puissantes de la virilité. Non contents d’en faire des héros ordinaires, on les canonise socialement, nos bons reproducteurs : on les combles de droits, de lois, de privilèges, ces citoyens ultimes, ceux qui n’ont qu’à donner leur sperme pour entrer dans le club : la filiation en point de mire, l’héritier mâle un must. Madame se tient là docile, maintenue en équilibre elle servira mieux son homme, alors ils suivent le plan : ils l’épousent, et puis la clouent au sol, cette jolie dame au parfum de vanille, la douce, chieuse mais pas trop, en faire une mère et vite, elle sera plus statique. Pour l’endormir, ils parlent d’égalité, ils théorisent grandement : l’Etat les aide à la supercherie. Mais jusque dans l’intimité l’équilibre est précaire : regardez les s’y prendre, ces messieurs attentifs, avec un doigt dedans, et ça touille et ça touille quand ça ne pilonne pas, ils comptent bien les frigides mais pas les mal baisées, car Madame est fautive j’ai mis la queue et quoi, elle jouit pas j’y peux rien. L’ovule est fécondé, ainsi soit-il, qu’elle enfante : le père est accompli, son statut est optimum, c’est un reproducteur utile. Tout les pousse à remplir, ce serait scientifique : Leur mètre quatre vingt, courant tantôt la mère et tantôt la putain, chaque popole à bobonne et une bonne le lendemain. Voyez comme ils distinguent, et ça avec aisance, celle que l’on épouse et celle qui passe son chemin, celle qui donne la vie et celle qui porte le batard : il y a les honorables et celles déjà salies, pas à l’encre de queue non : c’est qu’elles ont tous les vices diront les lâches bandeurs.
Etre un homme c’est quoi ? Ecoutez donc leurs gargouillis. L’ode est patriarcale et souveraine, engraissant ses sergents. Eux ? Les gras à marcel, ceux qui se gargarisent, ceux qui cherchent minette, les vieux beaux pathétiques. Les carriéristes félons, les beaux gosses en laiton, les friqués claudiquant, les relous beaufs et plats. Les violents insistants, aux dictats de dictons, les méchamment sûrs d’eux qui peuvent prendre et piller. Tous les changeurs de pneu, qui assènent leur savoir. Les intellos fascistes, dans leur salon douillet, derrière leurs digicodes une tasse à la main. Les héros de films, qui restent méchés dans l’explosion, ceux à la dent qui brille et qui sauvent le monde avec trois bouts de ficelle. N’oublions pas les veaux à blague crasseuse, qui rotent leur pastis ou leur cognac vingt ans d’âge, sur une table en plastique ou sur un comptoir chic. Ceux qui croient encore qu’on se doit d’être un John Wayne, des résidus de western au calibre luisant. Les benêts sur la touche, qui beuglent à leur gamin qu’un homme ça ne pleure pas, que sinon c’est une fiotte, avec la voix criarde. Ceux qui dans les vestiaires comparent leur zgeg fièrement, le bâton de puissance clamé du coin de l’œil : les refoulés en masse, les baiseurs compulsifs, ceux qui cherchent au fond de jolies meufs le souvenir d’une autre queue. Les médias d’étiquettes, ceux qui en font leur business. Ils titrent, nomment et médiatisent les appellations débiles et putassières : métrosexuels, übersexuels, allons quoi, soyons sérieux, tout ça ne date pas d’hier…

Mais aussi toutes ces femmes acquises  au verbe masculin, élevées à flanc de bonhomme, les domptées génériques. Celles qui perpétuent la propagande implicite, fondues dans les tranchées d’un clivage ambiant qu’elles peinent à rejeter. L’harmonie n’est pas la soumission tranquille. En anglais « bride » pour une femme ne veut pas dire bridée, mais épouse : quel constat on en fait ? Mesdames où est votre puissance ? Putain mais qu’en avez-vous fait ?

Bref, tous les flotteurs flattés de la mare aux connards, dans laquelle barbote l’archétype ultime et accepté, le majestueux, l’écrasant, l’Homme dans son fond de commerce, made in Eden : cet homme blanc, occidental, hétérosexuel, catholique, reproducteur actif, si possible de bonne famille et mieux : pilier d’un microcosme aisé dont il est le garant. Voyez comme on préserve le moule : Tu seras un homme, mon fils.
Oui, mais papa, lequel ?

 

© Antoine Dole, 2011

Publié dans divers

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